Le langage féerique

Le langage des contes de fée est-il une autre forme d'expression du monde réel?

Les contes de fée aussi fantastiques semblent-ils ne sont pas pour autant des balivernes et c'est une autre forme d'obscurantisme de les rejetter en ne voulant s'en tenir qu'à une vision purement rationaliste des choses.
Le rationalisme a en fait un double sens: il dénote d'une part une vision basée sur la raison pure, pour autant que cela puisse signifier quelque chose, qu'une façon économique de s'organiser. Le deuxième sens à une connotation réductrice.

Dire d'une histoire que c'est un conte de fée, ou une fable, est une façon de dire qu'elle est totalement inventée. Pour cela on a tort. Les fables de la fontaine, je pense par exemple aux grenouilles qui voulaient un roi plus énergique, apportent une morale dont on peut vérifier tous les jours qu'elle est très juste. Les grenouilles ne parlent pas, et elles ne demandent pas un roi, mais qu'importe, on sait qui sont ces grenouilles.

Le conte de fée et la fable

Rationalisme et conte de fée
Rationalisme ou conte de fée...

Si les contes de fée ont traversé le temps grâce à une tradition purement orale, c'est sans doute que le langage qu'ils emploient à une vertu autre que celle d'enchanter l'imagination: il est fait aussi pour s'inscrire dans la mémoire.

Une reine consultait chaque jour son miroir en lui demandant si elle était la plus belle. Mais un jour, celui-ci lui répond qu'elle ne l'est pas, qu'il y a une jeune fille bien plus belle. Folle de jalousie, la reine parvient à la faire disparaître et elle recueillie par 7 nains. Alors la reine se déguise en marchande et lui offre une pomme empoisonnée. Les nains la placent dans un cercuil de cristal. Un prince qui la voit dans ce cercueil l'embrasse, faisant tomber le morceau de pomme. Elle revient alors à la vie et épouse le prince.

Si ce conte n'est pas pure baliverne que peut-il vouloir dire? Il y a en fait plusieurs interprétations dont une même fait référence à la psychanalyse. L'histoire représenterait le passage de la puberté à l'âge adulte sous forme métaphorique. Une autre interprétation y voit la préparation de la jeune fille à son rôle de femme mariée. Et il en y en a d'autres, ce ne sont pas donc les significations qui manquent, au contraire, une représentation imagée tend à donner une grande liberté d'interprétation.

Notons que cette histoire est attribuée aux frères Grimm qui se sont inspiré de l'héritage culturel et y ont ajouté une touche de mysogynie très personnelle.

Les évangiles

Les miracles racontés par les évangiles ressemblent à un conte de fée de même que l'essentiel de l'imagerie chrétienne, avec la résurrection et la trinité, l'intervention divine. Pour autant, ceux qui la rejettent comme une superstition ont certainement tort. Ces histoires qui les laissent incrédules ne sont jamais qu'un langage destiné à la fois à frapper les esprits et à s'inscrire dans les mémoires. On peut raconter la même chose dans un langage plus rationnel. Cela engendrera moins l'adhésion de même que le château non décoré, purement utilitaire à gauche donne moins envie de le visiter que celui de droite, qui n'apporte rien de plus sinon un décorum féerique.

Les techniques du conte

Les contes peuvent utilise les animaux comme protagonistes. Ils décrivent un monde ou intervient le surnaturel avec ses bottes de sept lieues, les sorts et la magie permettant la transformation d'homme en animaux ou la résurrection (ce qui nous ramène à l'évangile).

Ce monde étrange est exprimé dans un langage simple qui raconte aussi des évènements courts avec quelques protagonistes récurrents.

Les contes ont une origine ancienne, ce pourquoi les protagonistes humains sont souvent des princes et les lieux des châteaux. Ils font rêver. Cette imagerie se retrouve dans les parc d'attraction.

La fable se termine par une morale et l'histoire à pour but d'en démontrer la valeur. Elle utilise les qualités propres aux conte, sa capacité à capter l'attention, exciter l'imagination et se garder au souvenir, dans ce dessein.

Conclusion

De même qu'il existe de nombreuses langues humaines, il existe des langages de représentation différents. Il y a le langage ordinaire et ses extensions techniques, l'argot, et il y a le langage féerique, une représentation imagée, métaphorique, sans les limitations de la nature. Le langage courant est à la fois plus simple et plus apte à représenter des choses différentes, mais le langage féerique est un instrument que l'on a à disposition pour aider à la mémorisation et contourner les routines de pensée qui tendent à scléroser l'esprit.