Comment inventer un scénario?

Il y a deux méthodes, la première sans risque et sans originalité, la seconde bien plus intéressante.

1) Comment ne pas inventer un scénario: le jeu de cartes d'Hollywood

Ce n'est pas forcément par manque d'imagination et l'habilité que les scénaristes d'Hollywood construisent des histoires, faites au contraire de clichés, de déjà vu, comme s'ils disposaient d'une pile de carte représentant des scènes et les abattait dans un ordre plus ou moins nouveau pour construire une succession d'évènements... C'est plutôt la peur des producteurs de faire un flop qui les incite à reprendre encore et encore les mêmes éléments parce qu'on pensent qu'ils sont une garantie de succès.

Un bon exemple de film à cartes est le film de science-fiction Oblivion avec les acteurs Tom Cruise et Olga Kurylenko.

Oblivion et son scénario

Oblivion n'est pas un mauvais film, mais le scénario est fait entièrement de cartes déjà jouées avec succès dans de précédents films.

Cela raconte l'histoire d'un des derniers terriens dont la fonction, avec sa partenaire, est de protéger une usine des attaques d'extra-terrestres, il ignore qu'il n'est qu'un clone. Ce qui s'inspire du film Moon, dans lequel le héros qui travaille avec des robots sur la lune se doute que les robots lui mentent sur lui-même et découvre finalement qu'il n'est qu'un clone dont la mémoire est manipulée.

Le décor tout en verre et métal chromé est inspiré par Playtime du cinéaste Jacques Tati. Un réalisateur de cinéma ne peut pas ne pas connaître ce classique, contrairement aux critiques américains ignorants qui ont trouvé dans ce décor l'inspiration d'Apple !!!

Parcourant les vastes étendues de la terre dévastée, le héro passe au dessus d'une colonne inclinée sur une plage, vestige d'un ancien monument, et qui évoque la statue de la liberté à moitié enfouie à la fin du film La planète des singes.

Il se voit engagé dans une course poursuite à bord de son vaisseau spacial. Et bien sûr s'infiltre dans un étroit canyon, frôlant les parois, pour inciter ses poursuivants à s'y écraser, comme dans cette scène mémorable de Star Wars.

Il entre avec son vaisseau qui parait alors minuscule à l'intérieur de la cale immense d'un vaisseau extra-terrestre. Cela évoque Les fabricants d'Armes de van Vogt. Un auteur qui a plus souvent inspiré les scénaristes qu'il n'a été porté à l'écran.

Il parle ensuite à une intelligence artificielle qui l'observe avec un oeil rouge. C'est cet ordinateur qui dirige le vaisseau, il vous observe, sait si vous mentez ou non et décide de votre sort, ce qui nous ramène à 2001 Odyssée de l'espace.

Et l'histoire se termine par la découverte d'un vallée paradisiaque que l'on recherche depuis si longtemps, comme le film Waterworld se termine par la découverte de l'île paradisiaque que l'on recherche depuis si longtemps...

En résumé, il n'y a pratiquement pas un classique de la science fiction qui n'ait apporté son obole involontaire au scénario. Oblivion est un beau film. Sans ses magnifiques décors et ses scènes d'action, ce ne serait qu'un insipide navet.

Un grand autre copieur dans le cinéna, comme le montre la vidéo ci-dessous, c'est Tarantino, dont pratiquement chaque scène de ses films est une imitation d'un film qu'il a vu et qui l'a impressionné:

Tarantino le copieur, vidéo.

Dans les séries télévisées, le principe des bonnes cartes qu'on abat pour faire avancer l'histoire est si souvent réutilisé que cela en devient ennuyeux...
Les exemples les plus communs....

1) Le film commence par une course poursuite, mais on s'aperçoit que ce n'était en fait qu'un entraînement. Les scénaristes voulaient reprendre ce vieux truc dans le Silence des agneaux, Jodie Foster grâce à sa notoriété à pu le refuser, au motif qu'il ne fallait pas que le spectateur se sente trompé. Ce n'était pas indispensable au succès du film apparemment.
2) Le personnage vit une expérience particulièrement sinistre, ses pires cauchemars se réalisent, quelque fois même on le voit mourir. Mais rassure-toi spectateur, ce n'était qu'un rêve, il se réveille.
3) Le héro pénêtre dans une maison vide où le danger le guette, et fait un bond quand quelqu'un lui touche l'époule. Ce n'est que son acolyte qui l'a suivi.
4) Le héros est face au tueur (exemple: Le silence des agneaux). On passe en vue externe, les policiers donnent l'assaut à la maison. On croit que le héros est sauvé, mais on découvre qu'il s'agit d'une autre maison, dans une autre ville.
5) Edgar Rice Burrough, utilisait souvent le procédé suivant: le compagnon du héros ne veut pas le suivre dans une aventure qu'il juge trop dangereuse, et sans va de son coté. Le héros continue seul et alors qu'il va se faire tuer, l'acolyte apparaît soudain pour le sauver car il a entretemps changé d'idée. Combien de fois cette carte n'a-t-elle pas été jouée?

On a donc vu comment ne pas réaliser un scénario, même si dans certains cas le film peut obtenir un succès grâce à d'autres atouts, le décors, les acteurs. On va voir maintenant comment on peut écrire une histoire originale et comment par la même occasion échapper au syndrone de la page blanche.

2) Comment inventer une histoire originale: De Balzac aux dinosaures

Balzac a apporté une méthode à la littérature. Elle consiste a développer un monde artificiel de personnages qui reviennent de façon récurrente dans les romans successifs. Ce sont leurs conflits d'intérêt, leur réponse aux évènements, la confrontation des différents caractères et leurs comportements particulier qui créent une succession d'évènements et de rebondissements.

Victor Hugo adapte le principe à l'époque romantique. Les mêmes personnages, comme Jabert, disparaissent et réapparaissent, dans des lieux et contextes très différents. C'est plutôt ici un procédé narratif : Jabert incarne en fait plusieurs personnages, leur donner une identité unique simplifie l'histoire. Les personnages sont confrontés aux difficultés de la vie et aux évènements extraordinaires de la révolution et réagissent avec noblesse et esprit de sacrifice selon l'idéal romantique.

De ce principe de confrontation est née la méthode du réalisateur Spielberg, mais il rend aux personnages leur dimension humaine. Ce sont des gens ordinaires (et donc en lesquels on peut se reconnaitre) qui sont confrontés à des faits extraordinaires: l'arrivée d'extra-terrestres, le retour des dinosaures...

Quand Hollywood ne se borne pas à demander à ses auteurs habituels de poser sur la table les mêmes cartes, et qu'elle se met en quête d'innovation, c'est ce principe de confrontation qui est repris avec une tendance à repousser les limites. Les personnages deviennent de plus en plus extrêmes, comme dans Breaking Bad ou Dexter, et sont confrontés à des individus de plus en plus mauvais. C'est un moyen de renouveller les mondes imaginaires.

Inventer une histoire, c'est un peu créer un personnage et le lâcher dans un monde imaginaire. C'est en fait le seul moyen de trouver une audience, car si on se borne à jouer aux cartes, il reste en fait très peu de place autour de la table.